Se réconcilier avec sa plume

A l’école, je redoutais les devoirs sur tables. J’enviais mes camarades, ceux qui écrivaient leurs phrases en quelques secondes, maniant le stylo et la technique d’un geste si gracieusement savant. J’avais l’impression qu’ils avaient toujours su écrire, sans fautes ! Leur assurance me donnait le sentiment d’une provocation méprivaine.

Le regard dépité, je me retournais vers ma feuille. Je luttais contre les vertiges, les nausées et la colère de la page blanche. Déjà la dernière fois, le correcteur m’avait accablé de reproches constructifs. Ça allait recommencer. Je le savais… Tant pis. Au bout de quelques minutes, je gribouille des maladresses.

Et puis là, seule dans ma chambre, je révasse…  Alors instinctivement, je décide de prendre un stylo, une feuille et mon courage à deux mains :

Je me mets à écrire. Puis à réécrire. Je découvre le bonheur de me dire sans être regardé, de raconter sans être entendu, de tous partager d’un geste égoïste et de pouvoir vivre à l’instar des morts. Je soigne mes mots et mes maux s’apaisent. Peu à peu, je me sens légère. Je me réconcilie avec la voie des lettres et c’est ma propre voix qui se fait entendre. Je l’écoute. Elle me livre qu’elle aime les vers, surtout les voir à moitié plein… Son timbre joyeux résonne en moi. Je sens bien que sa mélodie est en accord avec la terre. Alors, je décide de ne pas la faire taire, je l’écris…

Ecrit par Lucile Boccon-Gibod pour In Education We Trust

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