Accouche Minouche

Accouche Minouche, fais confiance à tes doutes,

Ca commence dans ta couche,
Ton sang d’humanité,
Seule règle pour créer,
Tu sais pas quoi penser ?
Alors laisse toi douter !

Accouche Minouche, fais confiance à tes doutes,

T’as peur de l’inconnu ?
Tu t’fais pipi dessus ?
Là assis dans ta merde,
Tu n’as plus rien à perdre,

Alors, accouche Minouche, fais confiance à tes doutes,

Envie de prendre une douche,
De retirer cette couche,
Couche toi donc sur le sol,
Sous les idées qui volent,

T’es prête à accoucher ? Alors prends du papier !

C’est ici qu’tout commence,
Sous les doutes qui dansent,
Comme un acte de foi,
Il suffit d’faire un pas,

Même si t’as peur du noir,
Que tu sens l’désespoir,
Et qu’aucune certitude,
Ne fait béatitude,

Ton enfant intérieur,
Curieux face à la peur,
Il est bien dans sa couche,
Pampers c’est sa touche !

Alors, vas-y, accouche tes doutes ! Fais confiance à Minouche…

Quand la curiosité de la peur remplacera la peur de la curiosité,
C’est toute l’humanité qui sera renouvelée.

Écrit par Lucile Boccon-Gibod

L’œuvre d’art du malade

Ils avaient le droit à une feuille par personne pour dessiner leur vie, une seule feuille ! Samuel était terrifié, passionné et engagé dans l’aventure de peindre son destin. Il s’appliquait dans chaque geste, crayonnait délicatement le croquis pour laisser place à ses rêves qui se révéler petit à petit sur la toile. Il construisait une direction, un sens. Son pinceau nageait dans un arc-en-ciel de bonheur. Quelques-uns de ses amis mettaient d’abord la couleur sur leur vocation, d’autres choisissaient d’équilibrer leurs passions : un bleu-vert de famille, un rose-violet d’amitié, un rouge-orange de carrière… A chacun son projet ! Des grands chefs d’œuvres, venant des quatre coins du monde, inspirer sa palette d’humeurs et certains tableaux laissaient des traces indélébiles grâce à la richesse de leurs fresques. Quelle merveille ! Quelle patte d’artistes ! Quel sens du goût !  Hélas, de temps à autres, il rencontrait aussi des peintres malheureux, brossant leur canevas aux couleurs de leurs peurs. Des peintres qui tremblaient à l’idée d’échouer, voués à suivre les tendances, condamnés à copier les autres. Il avait envie de leur dire de prendre des risques, de laisser respirer leur peinture fraîche et talentueuse… Malheureusement, il ne pouvait faire le travail à leur place. Alors, il se recentrait sur son ouvrage.

Puis, un jour, en revenant d’une pause-café ; SLOP ! Il voit une énorme bavure sur son papier. Imposante, elle prend toute la place. Quelle horreur ! Quelle affreuse puanteur ! Devant sa feuille, il reste immobile, perdu dans le silence d’un cri de douleur. Il se répète que ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible, ce n’est pas son tableau. Mais la souillure est bien là. Il se pose mille questions, il aimerait comprendre, se faire une raison… Son voisin balbutie :
« -Il y a eu un accident et la peinture a coulé..
-Pfff ! Quelle saloperie! C’est quoi cette marque de peinture de merde ?! Alzheimer ? Cancer ? Parkinson ? »
Des gouttelettes coulent sur ses joues, elles le peignent de désespoir et le plonge dans le noir. Pleurer ça ne sert à rien, mais ça me fait vraiment du bien ! Il n’a plus envie de rien. En regardant son tableau, il est au bout du rouleau. Salit par la tache… C’est nulle les taches : Tâche de travailler ; Tâche de te taire ; Ne te tache pas!… Les taches sont ce qu’il y a de plus détestable, de plus contraignant et de plus dégueulasse sur terre !

C’est alors qu’un jeune peintre, âgé de 8 ans, se dirige vers lui. Pétillant de malice, il commence à lui raconter son histoire. Son tableau est taché depuis le premier jour. C’est comme ça. Une injustice de toujours. L’enfant pointe sa feuille du doigt : « Toi aussi t’as une tache… pistache! » dit-il en regardant Samuel, puis il éclate de rire. Encouragé par sa gaieté, Samuel n’est pas soi-nier, mais il a envie de gai-riredécide d’affronter la foutu souillure de sa peinture. Il se met à l’observer, la décortiquer, l’analyser et être attentif à la tache. Elle n’est pas tout à fait sèche, alors il accompagne la bavure. Il redécouvre sa capacité d’illustrer, son pouvoir de dessiner et sa responsabilité d’artiste. Petit à petit, il se met à crayonner. Il donne du sens à cette tâche insensé. En acceptant la marque morose, il revoit la vie en rose. Son tableau devient une prose, la gravure d’un chemin et l’hymne d’un quotidien.

Et toi, as-tu déjà fait face à la maladie ? Si oui, par quel biais as-tu pu exprimer ce que tu vivais ? Parlons-en ! 

Ecrit par Lucile Boccon-Gibod pour In Education We Trust